Il y a ce truc bizarre sur Twitter/X et YouTube. Comme quoi, il semble que tout le monde travaille chez les GAFA, ou a travaillé chez les GAFA, ou souhaite travailler chez les GAFA. Bon, ce n’est pas une si mauvaise chose, loin de là ! D’ailleurs, même le salaire n’est pas mal là-bas ! Mais bon, pour tout vous dire, il ne s’agit pas d’un billet pour dire que j’ai changé d’avis et que les GAFA n’en valent pas la peine ! Enfin, c’est plus nuancé que cela.
Quand je suis arrivé en France il y a quelques années, j’ai attrapé ce trend de la Big Tech. Normal ! Je viens d’un pays où ce n’est pas trop une option qu’on envisage.
Au commencement1
Au début de ma carrière, à Madagascar, je travaillais pour une petite boîte. Nous fonctionnions comme une startup : du travail plein la tête, du code legacy, rien de très extraordinaire sur les standards techniques. C’était quand même, on peut dire, une bonne boîte, dans la mesure où j’ai beaucoup appris à me concentrer sur le produit. Je n’étais pas au courant de cet avantage à l’époque.
Puis j’ai rejoint une autre boîte et c’était carrément le contraste parfait avec ma première boîte : le produit était décidé ailleurs. Ce qu’on faisait avec l’équipe technique, c’était de pondre un produit aux normes des coding standards. Ce n’était pas rare pour moi de me faire laminer durant les revues de code, tellement les standards étaient élevés. Et j’adorais ça. J’adorais le fait que ça comblait une partie qui manquait dans ma première expérience.
Jusque-là, mes attentes étaient assez limitées. Il n’y avait ni GAFA, ni indie hacking. Pourquoi ne pas essayer d’atteindre le niveau senior ? Pourquoi pas devenir CTO, même ? À l’époque, si on m’avait donné un salaire de 2 000 € net, j’aurais déjà été aux anges.
Le monde s’est ouvert
Pour certaines raisons, j’ai décidé de quitter le pays. Je ne m’attendais pas au niveau de bouleversement que cette décision allait m’apporter plus tard. Mes algorithmes de réseaux sociaux changent. Je deviens actif sur Twitter/X. On me parle des GAFA dans des meetups. « GAFA ? Attends, tu me dis qu’il y a des chances que je puisse travailler chez Google ? LE Google, Google là ? » Aussitôt, j’en parle à une pote à Madagascar. Elle me répond que ça serait cool si j’arrivais à décrocher Microsoft parce que, comme quoi, c’est cool pour elle de dire aux gens qu’elle a un pote chez Microsoft.
Voilà, c’est là que j’ai commencé à apprendre, à lire. En lisant le livre « The Software Engineer’s Guidebook » (Le Guide de l’ingénieur logiciel) écrit par Gergely Orosz (je ne sais vraiment pas prononcer ce nom), j’ai pu découvrir la vie dans les Big Tech, les challenges, mais aussi les chiffres. Et aïe ! Les chiffres piquent ! Le niveau d’admission pour les Big Tech n’est pas donné. J’ai actuellement 32 ans. À l’époque, j’en avais 29. Si j’avais eu 23 ans, la question ne se serait même pas posée : c’était David (moi) contre Goliath (les GAFA) et j’aurais tout fait pour y arriver. On peut dire que dans la trentaine, c’est différent. C’est tout aussi excitant, certes, mais on garde un point de vue holistique sur la situation. Décrocher un GAFA, ce n’est pas rien. Le décrocher direct au niveau senior, c’est tout autre chose. Et ce, contre des candidats qui ne viennent pas tout juste d’apprendre leur existence. Puis, j’aurai à concentrer ma stratégie en adoptant la philosophie spécifique de chaque GAFA, sans la garantie de réussite.
OK, respire !
Je me suis assis.
Je veux quoi au juste ? Décrocher un job dans une Big Tech !
Pourquoi ? Parce que c’est cool, tiens ! Il y a le prestige. Il y a aussi l’argent ! Ça compte aussi.
Serai-je heureux ? Sans doute !
Serai-je accompli ? Bien sûr ! Quelle question ?!
Accompli, oui, mais ça va durer ? Ben, je ne le sais pas. On verra bien.
Très bien ! Prenons du recul !
Est-ce que je suis heureux là, maintenant ? Ce n’est pas le pur bonheur mais ça va, je tiens.
Est-ce que je me sens épanoui ? Pas trop.
Quand était-ce la dernière fois où je me sentais épanoui et heureux ? Quand j’ai obtenu mon visa pour aller en France et que j’ai déménagé !
Ça a duré ? Hmm, les 3 premiers mois oui, puis retour à la normale dans ma tête. Je me sentais comme tout le monde.
Mais je me sens encore « accompli » par rapport à mes amis au pays ? Ils me voient ainsi, mais je me mesure par rapport à mon entourage immédiat, du coup ça importe peu pour moi si j’ai « réussi » à leurs yeux.
Bien ! Donc revenons au sujet d’origine. Est-il irraisonnable de dire que si un jour je réussis à entrer dans un GAFA, je serai au sommet du monde pendant quelques mois puis je me sentirai « normal » à nouveau ? Oui… c’est cela ! Je vois maintenant. C’est passager, en fait !
À la recherche du bonheur
Cette sensation de bonheur, est-elle juste de la vanité ? Une vanité qui ne mérite pas qu’on en fasse une quête ?
J’ai ma réponse à la question. Un petit flashback dans le temps pour voir la source du problème !
La bonne époque ! Je remarque que j’ai toujours lié l’accomplissement au bonheur. Ces fois où j’ai eu la meilleure note en classe. Ou quand j’étais fier de mon dessin. Ou quand j’ai créé mon premier programme en C durant les vacances au lycée. Ou, plus récemment, quand j’ai décroché un job ici à l’étranger. Je pense que le bonheur a le mérite d’être une quête ! On ne vit qu’une fois de toute façon. Le vrai problème, c’est quand on rattache le bonheur à un objectif lointain et incertain. (C’est assez générique, j’avoue !)
Je vois ! Je suis le plus heureux à travers l’excellence ! Et l’excellence ne vient pas forcément d’un job dans une Big Tech mais de ce que je décide moi-même de creuser, sur des objectifs assez courts pour que je sente la différence.
Voilà ! Je veux être tellement excellent dans mon domaine, l’ingénierie, que ça en fera couler des larmes !
Ma définition de l’excellence
À un moment donné, il faut prendre du recul et se donner une définition concrète de ce que ça veut dire. Je ne suis plus un gamin. Autant le dire, ma vie tourne à 80 % autour du travail, et mon travail se rapporte à 100 % à mes compétences. Il y a des facteurs que je ne maîtrise pas forcément : ma promotion, mon augmentation, la boîte dans laquelle je travaille. Mais je peux maîtriser ma mise à niveau et mes compétences.
Si vous avez particulièrement fait attention à ma page « à propos », vous aurez remarqué que j’ai mentionné front-end, back-end et produit, sans les assembler en « full stack ». C’était voulu. Et je suis conscient que j’en perds des points auprès des recruteurs qui font un scan rapide, en faisant cela2.
Bref, j’ai décidé de ne pas me donner le titre de « full stack » parce que c’est cela, un titre. Déjà, j’ai mentionné Rails et TypeScript un peu contre mon gré. J’allais écrire « Software engineer » mais Claude ne voulait pas me laisser en paix durant la relecture. Il/elle (c’est quoi le sexe d’un LLM ?) m’a dit de mettre au moins les technologies clés.
Mon problème avec l’étiquette, c’est qu’elle dit à quel point tu travailles large, jamais à quel point tu travailles profond. Et c’est la profondeur qui m’intéresse. J’ai quelques sujets qui m’obsèdent et sur lesquels j’aimerais, à terme, être jugé. C’est un choix sur la forme de carrière que je veux, pas un jugement sur ceux qui portent le titre : il y a des full stacks excellents, et il y a des boîtes qui ont besoin d’exactement cette personne-là.
Mon point est que, dans ma quête d’accomplissement et d’excellence, j’ai besoin de regarder au-delà de ce que mon travail au quotidien demande.
Pour cela, j’ai noté quelques axes d’amélioration :
- Sécurité et infrastructure : Déjà il y a la base : OWASP Top 10. Mais au-delà de ça, j’ai vraiment envie de creuser côté AppSec. Mon plan, qui risque de pas mal changer, est de faire la PortSwigger Web Security Academy et pourquoi pas HackTheBox si j’ai le temps et l’envie ? Quelque part, je pourrais ajouter un nouveau certif Cloud Security pour étoffer mes compétences Cloud sur le point sécu.
- Performance : Il y a tant à dire sur le sujet ! Saviez-vous que Figma a écrit le canvas que vous voyez là en C++ puis l’a compilé en WebAssembly (WASM) ? C’est trop cool ! D’autant plus que j’ai une app en cours de développement qui est aussi à base de canvas (vous aurez plus de détails prochainement !) et ce niveau d’ingénierie m’intéresse. Mais bon, il n’y a pas que ça : quand ça parle de performance, je suis à fond dedans. Là, dans ma liste de lecture, j’ai « High Performance Browser Networking » d’Ilya Grigorik et « High Performance PostgreSQL for Rails » d’Andrew Atkinson.
- Conception UI/UX : C’est un peu l’intrus mais écoutez ! J’adore le bon design. Et croyez-moi, même les front-end ne sont pas forcément bons en design. Ils sont bons sur l’implémentation mais pas sur la conception. Ce n’est pas pour rabaisser qui que ce soit. D’ailleurs, contrairement à ce que beaucoup pensent, le front-end, ce n’est pas juste de l’intégration de maquettes. Il y a aussi la gestion d’états, les mille et une règles de conformité données par notre Bienveillante Union Européenne et le suivi des Core Web Vitals, pour n’en citer que ça. Mais concevoir l’UI/UX, c’est une toute autre discipline. Et je sais que la maîtriser me permettra de contrôler la gestion d’applications ultra premium de bout en bout.
Ceux-là sont mes 3 piliers, les domaines où je veux vraiment vraiment réussir. Bien sûr, il y a plus que ça dans le monde du dev, mais on ne peut pas tout gérer non plus. Les choses que j’ai omises :
- Le software craftsmanship : Utile, mais passé un certain degré ça devient une secte, et non merci : je n’ai pas trop envie de m’y identifier (je sais que je tire à balles réelles). Les tests : ok, je déteste les écrire comme personne, on en a besoin, et l’IA est un allié solide là-dessus maintenant. Nommer ses variables proprement : évidemment. Le DDD : utile, voire primordial à l’ère de l’IA ; j’en sais plus que la moyenne LinkedIn (mon arrogance me tuera) et moins que je ne le devrais. Bref, vous avez le topo ! Le reste, c’est du cas par cas que les puristes transforment en liturgie. Écrire du bon code n’est pas ma passion, c’est mon obligation, pour ne pas me faire torcher par ma team et mon futur moi. Si le prochain entretien se joue sur le dernier livre de Robert C. Martin (je n’ai rien contre le monsieur), je le raterai de manière spectaculaire.
- Le product ownership : J’adore parler produit. Je ne dis pas ça juste pour être un lèche-bottes des recruteurs. C’est un point clé pour moi. Mais j’avoue que ce n’est pas quelque chose que je vois aussi précis et profond que les autres sujets énoncés. Il y a sans doute des livres sur ça. Je ne sais pas. Je n’ai jamais vérifié.
- L’ingénierie IA : Ce point n’est pas mal, mais je l’ai omis pour une raison. Quand on parle d’ingénierie IA de nos jours, c’est plus du code et de l’infra autour de l’IA. Donc un produit comme les autres. Un ingénieur IA ne va pas faire des maths avancées, de la modélisation et de l’entraînement de données, et à peine du fine-tuning s’il y en a. Je l’ai omis parce que je pense sincèrement que c’est déjà dans Performance, Sécurité et Infra. D’ailleurs, j’ai une lecture en cours sur le livre « AI Engineering » de Chip Huyen. Et je pense aussi faire les cours sur LangGraph Academy.
Bon, c’était long comme article ! Néanmoins, j’ai tout dit. Ces compétences ne se calquent pas sur ce que cherchent les Big Tech, et c’est justement l’idée : les Big Tech, c’est une porte qui s’ouvrira ou pas, alors que les skills me restent.
Petite note pour finir : si je peux prévoir autant de choses, c’est grâce à ma situation actuelle, presque zéro obligation, vu que j’habite seul jusqu’ici. Redemandez-moi quand ça changera. (Et je m’entraîne aussi, je joue aux jeux vidéo, pour répondre au monsieur du fond qui demande si j’ai une vie !)
Bref, c’est tout pour aujourd’hui. On se voit dans le prochain post ! À la prochaine !
Notes
Le vrai problème avec les écrits bilingues, c’est qu’on perd les choses subtiles dans la traduction. Mais si ça peut vous amuser, appuyez sur le bouton de langue et admirez le petit easter egg. :D
↩C’est pour ça, je le dis, que ce site n’est pas trop dans le fait de maximiser mes chances de recrutement. C’est carrément juste un site que j’ai créé parce que mes proches n’en peuvent plus à quel point je parle trop. Du coup, j’avais besoin d’un endroit pour tout ressortir. (Ce n’est pas tout à fait une blague en vrai, c’est à deux doigts d’être le cas.)
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